Formation
ACCUEILFORMATIONSPIRITUALITÉRESSOURCESNOUS JOINDRE


Du beau monde

30 janvier 2011
Année A : 4e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 5, 1-12a

« Quand Jésus vit la foule qui le suivait, il gravit la montagne. » (v.3)

Pour comprendre les béatitudes chez Matthieu, il est utile de voir de quoi elles avaient l’air avant que ce dernier les intègre à son évangile. Elles devaient ressembler à ceci: Choyés les pauvres, le Régime de Dieu est en leur faveur. Choyés les affamés, ils seront rassasiés. Choyés les endeuillés, ils seront consolés. Choyés, vous l’êtes bien, quand on vous insulte,… à cause du Fils de l’homme.

Les différences sont frappantes. À l’origine, comme Luc en témoigne (6, 20-22), il n’y avait que quatre béatitudes. Les trois premières avaient les pauvres en vue. Elles offraient, aux premiers croyants de Galilée, une sorte de liste de celles et ceux en faveur de qui le futur Régime de Dieu serait instauré: les démunis, les affamés, tous ces gans qui faisaient partie d’un milieu dans lequel on mourait trop jeune, usé par la misère, l’inquiétude, la maladie. La quatrième visait les partisans de Jésus: ils seront choyés s’ils s’occupent des pauvres aimés de Dieu.

Parce qu’il a tout autre chose à dire, Matthieu fait subir un traitement-choc aux béatitudes. Il leur donne d’abord une place de choix, celle d’ouvrir son magnifique Sermon sur la montagne (ch. 5-7), sorte de charte de la vie chrétienne auquel le Christ fera allusion à la fin de l’évangile, en demandant que tous les futurs croyants apprennent à la mettre en pratique (28, 20). En plus de situer ces paroles au début du Sermon et d’en doubler le nombre, Matthieu en modifie la formulation pour qu’elles s’appliquent toutes aux croyants à qui il s’adresse. Ce faisant, il s’en sert pour tracer le portrait des siens:

1: gens essoufflés (littéralement «pauvres de souffle») par les exigences de la vie à la suite de Jésus;
2: gens désolés de la misère du monde;
3: d’une grande tolérance;
4: aspirant à une vie digne d’un être humain;
5: remplis de compassion;
6: limpides comme des enfants;
7: conciliants;
8-9: inquiétés et méprisés parce qu’ils s’opposent aux duretés du système.

Tout de suite après avoir ainsi présenté ce qui lui apparaissait comme les traits essentiels des croyants de son milieu, l’évangéliste leur adresse ces paroles lourdes de sens: «Vous êtes le sel de la terre,… la lumière du monde» (5, 13.14).

Si Matthieu a tellement retravaillé ce texte, c’est qu’il lui accordait beaucoup d’importance. Et en créant le choc de sens entre le contenu des béatitudes et ses déclarations sur le sel et la lumière, il voulait que ses lectrices et lecteurs se rendent compte de l’impact réel de leur vie apparemment insignifiante. En effet, c’est un immense paradoxe que de dire à propos de gens essoufflés, désolés, tolérants et méprisés, que ce sont eux qui donnent du goût à la vie et en éclairent le sens. Les béatifiés de Matthieu – ainsi que tous ceux qui leur ressemblent depuis – ne sont pas du grand monde, ils ne sont pas aux commandes de la politique ou de l’économie, ils ne sont pas des gagnants ou des battants, ils ne reçoivent pas de prix de celui-ci ou de cela, du gouverneur un tel ou de l’excellence une telle. Ils ne sont pas en haut de l’échelle, mais en bas. Ils ne sont pas au centre de la page, mais dans la marge. Ils ne sont pas les hérauts du système mais ses plus profonds critiques.

Ils sont gens de cœur. Ils souffrent de voir une société s’endurcir contre les petits qu’elle rejette. Ils partagent leurs souffrances, rêvent d’un pays plus humain, comprennent que tous ne peuvent pas contribuer autant qu’ils le voudraient au bien-être de leur milieu. Ils ont les yeux clairs dans un monde pervers qui ne veut pas reconnaître le cancer qui le ronge, ils refusent qu’on mette la hache dans le système de santé, qu’on abaisse les taxes selon les désirs de profiteurs déjà riches à en être indécents, qu’on viole la dignité des vieillards et des grands malades quand on ne cherche pas tout simplement à les éliminer. Ils sont gens au visage à la fois triste et bon, peiné et souriant. Cette sorte de gens qu’on est heureux de trouver sur sa route quand on a mal. Sel et lumière de la terre, disait Matthieu.

Du beau monde.

André MYRE
Montréal

Présence magazine

 

 

 

Archives - Présence magazine

 

Année A - 2010-2011
Année B - 2011-2012

Année C - 2009-2010

 

 

 

On répond à
vos questions

 

Couverture

 

 

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine

Service d'aide aux catéchètes
www.catechetes.qc.ca