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Les vignerons infrutueux

2 octobre 2011
Année A : 27e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 21, 33-43

« Le propriétaire donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. » (v.41b)

«Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne». Et voici que se déploie chez Isaïe (5, 1) l’allégorie de la vigne que l’ami entoure de tous ses soins, mais qui ne répond pas à son zèle et à ses attentes. C’est l’histoire des démêlés de Dieu avec ce peuple qu’il a choisi, aimé, favorisé, mais qui ne se conduit pas avec justice envers ce Dieu dont la patience en vient à s’user. C’est cette allégorie que reprend la parabole que l’on appelle souvent: Parabole des vignerons homicides. Cependant, l’accent est ici déplacé par rapport au chant du prophète: ce n’est plus la vigne qui est stérile malgré les soins de l’ami, mais les vignerons, auxquels le maître du domaine a confié sa vigne, qui sont infructueux. Ils refusent de remettre au maître et à ses serviteurs le fruit vendangé de la vigne qui, elle, est féconde.

Le récit évangélique est fortement orienté vers le fils du maître du domaine envoyé aux vignerons injustes. On peut dire que ce fils est le dernier mot de la patience de ce maître. Et on comprend bien ce que nous dit l’allégorie de la vigne. Le maître du domaine, c’est Dieu, et les vignerons représentent son peuple choisi. À plusieurs reprises, Dieu a parlé à ce peuple pour se faire reconnaître par lui, pour lui rappeler comment il doit se comporter pour être établi dans sa justice et jouir de la fécondité de la vigne qui est la figure du Royaume de Dieu. Il a envoyé, ce Dieu, ses serviteurs les prophètes pour dévoiler à ce peuple son visage. Les prophètes n’ont pas été écoutés; au contraire, ils ont été rejetés et lapidés. Alors en ces temps qui sont les derniers, c’est son fils, Jésus, qui est envoyé. On lui a réservé le même sort qu’aux autres serviteurs: il a été rejeté et mené à la mort. Dieu, cependant, n’a pas cédé à la condamnation à mort, de ce peuple premier élu. Il confie la vigne à d’autres vignerons, il fait choix d’un nouveau peuple: le peuple des disciples de Jésus, les premiers chrétiens et chrétiennes, et nous, leurs descendants en tant que chrétiens et chrétiennes d’aujourd’hui. Ce qui est attendu de ce peuple nouveau, c’est qu’il reconnaisse qui est Dieu en sa générosité et ses dons, qu’il reconnaisse que Jésus est son envoyé, la pierre d’angle sur laquelle tout s’appuie et qui, seule, permet la construction nouvelle de la communauté des croyants et croyantes, de l’Église qu’avec lui, Jésus, et ensemble nous formons.

Un autre appel, bien précis, est adressé à ce peuple nouveau: qu’il donne du fruit. Qu’est-ce que cela veut dire vraiment? Tout d’abord reconnaître les dons reçus de Dieu depuis la vie et tout ce qui permet la vie, l’abondance de la création qui témoigne du souci de Dieu pour nous, des soins qu’il nous prodigue. Et même reconnaître comme des dons les détresses que nous connaissons, les épreuves à dépasser, les maux qui nous affligent, parce qu’en tout cela il y a un cri vers la vie, la prise de conscience que nous sommes faits pour la vie, et une vie heureuse, et que nous devons tout mettre en œuvre pour qu’en tout la vie triomphe de toutes les morts. Reconnaître les dons de Dieu, et ne jamais chercher à s’en faire les propriétaires égoïstes, les propriétaires infructueux qui enfouissent les dons reçus et refusent d’en faire le partage. Refusent de travailler à l’édification d’un monde juste capable d’accueillir et de devenir le Royaume de Dieu.

Porter du bon fruit, être fructueux, c’est apprendre quelles sont la conduite et l’attitude qui établissent en justice avec Dieu, à son image, et en se modelant sur l’exemple qu’est pour nous l’envoyé du Père, son fils Jésus. C’est produire, comme le Père et le Fils, des actes de bonté qui viennent d’un cœur qu’on veut et qu’on fait bon. Des actes qui établissent en communion avec les autres, et non plus en opposition ou en haine. Cela est possible parce que justement, il y a toujours avec nous et pour nous cet envoyé du Père, Jésus le Christ, qui a donné sa vie pour notre vie, qui est la pierre d’angle ferme et solide qui jamais ne s’effrite, sur laquelle on s’appuie en toute confiance pour pouvoir achever l’œuvre que le Père nous a confiée.

Bien loin d’être le rappel de la triste et sordide histoire de vignerons homicides, la parabole et l’allégorie de la vigne, objet de la sollicitude de Dieu, sont invitation à entrer dans le royaume de Dieu et à se reconnaître comme membres de la communion qui travaille à la vie de ce royaume et en est en même temps l’accomplissement. C’est la révélation d’un Dieu de patience et d’attente qui refuse d’anéantir ceux qui le refusent et suscite ailleurs l’espérance et ouvre encore l’avenir.

Yvon-D. GÉLINAS
Ottawa

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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine

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