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Jésus : une naissance marginale

Épreuve

(photo© Kelly Sikkema, Unsplash)

La question de l’origine de Jésus est une préoccupation tardive des premiers chrétiens. Marc, le plus ancien de nos évangiles, aurait été écrit vers l’an 65 selon les spécialistes ; il s’intéresse à l’activité publique de Jésus et à sa passion. Il faut attendre la rédaction des évangiles de Matthieu et de Luc, une vingtaine d’années plus tard, pour que surgisse un intérêt pour la naissance de Jésus.

Les Évangiles de l’enfance (Matthieu 1-2 et Luc 1-2) ne cherchent pas à nous dire comment Jésus est né mais qui il est. Pour les croyants et les croyantes, Jésus est celui que l’on attendait, le sauveur annoncé par les prophètes. Si les récits ne concordent pas sur certains détails, ils comportent toutefois des éléments historiques intéressants pour aller au-delà du merveilleux entourant la naissance de Jésus.

Un élément important à mentionner est la question de la paternité de Jésus qui suscite de nombreuses questions pour les contemporains des évangélistes et probablement aussi du vivant même de Jésus. Un seul texte parle de la paternité de Joseph : N’est-ce pas là le fils de Joseph? (Lc 4,22) L’évangéliste Luc parle ici d’une paternité légale mais il reprend et « corrige » ici une tradition provenant de Marc : N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie? (Mc 6,3) Identifier une personne par sa mère n’est pas une pratique courante dans le judaïsme du premier siècle. Faut-il en déduire que Jésus est un enfant illégitime comme le propose la théologienne américaine Jane Schaberg? [note 1]

L’hypothèse n’est pas nouvelle [note 2]. Elle s’est répandue dans les milieux juifs et on en trouve un écho dans le quatrième évangile lors d’un échange acerbe entre Jésus et ses adversaires qui le confrontent : Ton père, où est-il? (Jn 8,19) ou encore : Nous ne sommes pas, nous, nés de la prostitution! (8,41) Tous ces textes sont les témoins d’une polémique juive contre l’affirmation chrétienne de l’origine divine de Jésus.

La réponse de Matthieu à l’irrégularité entourant la naissance de Jésus est d’abord formulée dans le récit de la longue généalogie qu’il propose au début de son évangile. On y trouve quatre femmes, un fait étrange dans une société patriarcale. Ces quatre femmes – Ruth, Rahab, Tamar et Bethsabée – ont en commun d’être dans une situation marginale par rapport à la norme conjugale. Réagissant sans doute aux rumeurs qui circulent sur la paternité de Jésus, Matthieu explique d’abord que des irrégularités sexuelles ou conjugales existent dans l’histoire du salut : la présence des quatre femmes citées dans la généalogie en est la démonstration.

Il explique ensuite que l’irrégularité qui concerne Marie – celle de tomber enceinte avant son mariage – n’est pas un obstacle au projet divin, au contraire : son enfant vient de Dieu. En d’autres termes, les récits évangéliques ne veulent pas expliquer comment Jésus a été conçu mais quel sens il faut donner à sa naissance marginale.  Comme l’affirme Daniel Marguerat : « Ce qu’il importe de dire sur la provenance de Jésus, de sa parole, de son autorité, c’est qu’elles échappent à l’initiative humaine, mais trouvent leur source dans l’inspiration divine. » [note 3]

La naissance marginale de Jésus est donc une donnée que les évangélistes n’ont pas cherché à masquer. C’est sans doute devenu un sujet de confrontation, après la chute de Jérusalem (en 70 de notre ère), au moment où les premiers chrétiens n’étaient plus les bienvenus à la synagogue. Même de son vivant, Jésus a dû subir les sarcasmes de son entourage immédiat car il était impossible de prouver que sa naissance s’était produite dans le cadre du droit conjugal. On comprend alors pourquoi Jésus quitte Nazareth et s’installe à Capharnaüm au moment de son ministère public. On comprend aussi sa grande sensibilité envers les marginaux car il a lui-même subi une forme d’exclusion sociale. En résumé, sa naissance a marqué sa destinée et probablement aussi sa vision du Très-Haut qu’il appelait affectueusement « Abba » ou papa.

Sylvain Campeau
Bibliste

 

Notes

[1] Jane Schaberg, The Illegitimacy of Jesus. A Feminist Theological Interpretation of the Infancy Narratives, San Francisco, Harper and Row, 1987.
[2] Origène (Contre Celce 1,32) et Tertullien (Des spectacles 30,6) réfutent cette idée.
[3] Daniel Marguerat, Vie et destin de Jésus de Nazareth, Paris, Seuil, 2019, p. 59.


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